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[TDFAR Région Sud] À Allons, la voiture communautaire du village face au défi du dernier km

  • il y a 15 heures
  • 5 min de lecture

À Allons, petite commune des Alpes-de-Haute-Provence, l’autopartage n’est pas un service “en plus”. C’est une réponse très concrète à une question simple : comment continuer à vivre, travailler, se soigner et se déplacer dans un village rural quand les transports collectifs ne peuvent pas tout couvrir ?


Pour cette étape du Tour de France de l’autopartage rural, Clem’ a fait halte à Allons, au cœur du Verdon, aux côtés du maire de la commune et de Raphaël Krug, représentant du GART. Une étape particulièrement symbolique : ici, la mobilité est un enjeu quotidien, presque vital.



Un village face au défi du “dernier kilomètre”


Le maire d’Allons l’a rappelé dès le début de la rencontre : la commune dispose d’une gare en bas de la vallée, sur la ligne des Chemins de fer de Provence. Mais encore faut-il pouvoir parcourir les kilomètres qui séparent le village de cette gare, puis rejoindre Saint-André-les-Alpes, Digne-les-Bains ou les autres services essentiels du territoire.

Dans un village de 126 habitants, mettre en place un bus à la demande n’est pas toujours réaliste, tant les coûts sont élevés au regard du nombre d’usagers potentiels.

C’est dans ce contexte qu’Allons a choisi une autre voie : une voiture électrique partagée, portée par la commune et son CCAS, avec l’accompagnement de Clem’ pour la gestion, la réservation, l’accès au véhicule, l’assurance et l’exploitation quotidienne du service.


Un projet de mobilité pensé comme une action sociale


Le projet a été pensé comme une action sociale autant que comme une solution de mobilité. Le CCAS porte le dispositif, avec une subvention d’équilibre de la commune.

Le financement initial a pu s’appuyer sur le Fonds vert, qui a permis de couvrir une large partie du budget : véhicule, borne, travaux d’aménagement et deux années de fonctionnement expérimental.


Deux ans plus tard, le résultat est très concret : le véhicule compte 31 conducteurs inscrits, plus de 210 réservations cumulées et 27 000 kilomètres parcourus. La voiture circule quasiment tous les jours, y compris désormais le week-end. Elle sert aux habitants, parfois à la commune, et permet aussi à certains foyers d’éviter l’achat d’un second véhicule.

Le maire d’Allons résume l’esprit du service avec une formule simple :

“Ça ne règle pas tous les problèmes, mais ça règle des problèmes.”

Une voiture partagée, vraiment appropriée par les habitants


À Allons, la voiture n’est pas seulement un véhicule disponible sur réservation. Elle est progressivement devenue une ressource collective.

Les habitants s’organisent, se parlent, adaptent parfois leurs réservations, et se réapproprient le service comme un bien commun local. C’est ce qui fait la force de l’autopartage rural : il repose autant sur la technologie que sur la proximité, la confiance et l’intelligence collective.


L’un des échanges a bien montré que lorsqu’un créneau est déjà réservé, les habitants peuvent parfois s’arranger entre eux. Dans un territoire rural, la mobilité se construit aussi avec du lien social.



Une technologie simple, adaptée à la ruralité


Sur place, Clem’ a présenté le fonctionnement de la station. L’objectif : proposer une technologie robuste, mais adaptée à un village rural.


La réservation peut se faire de manière numérique, mais l’accès au véhicule reste très simple : un code permet d’ouvrir une boîte à clés, de couper la charge au départ, puis de relancer automatiquement la recharge au retour. Le véhicule revient à sa station, la clé est replacée dans le boîtier, la prise est rebranchée, et la voiture est prête pour l’usager suivant.


Cette simplicité est essentielle. Dans un territoire rural, l’autopartage ne doit pas être réservé aux publics les plus à l’aise avec le numérique. Il doit rester compréhensible, fiable et rassurant.


Le GART confirme : l’autopartage n’est pas réservé aux métropoles


L’intervention de Raphaël Krug, représentant du GART, a permis de replacer l’expérience d’Allons dans une dynamique nationale.

Le GART a mené une enquête auprès des autorités organisatrices de la mobilité pour mieux comprendre le développement des services d’autopartage en France. L’un des enseignements majeurs est clair : l’autopartage progresse, mais reste encore trop souvent associé aux grandes villes.


Pourtant, les besoins existent aussi - et peut-être surtout - dans les territoires peu denses, où l’offre de transport collectif ne peut pas couvrir tous les usages.

Raphaël Krug l’a souligné : l’autopartage est désormais présent dans des territoires très différents, des métropoles aux communautés de communes. Le Tour de France de l’autopartage rural vient justement montrer que ces services peuvent aussi réussir dans les communes rurales.


Un modèle en station particulièrement adapté aux petites communes


L’étude présentée par le GART confirme également que l’autopartage en station reste le modèle dominant en France.

C’est aussi celui qui correspond le mieux à une commune comme Allons : un véhicule identifié, disponible à un point fixe, qui revient à sa station après chaque trajet. Ce modèle est simple à comprendre, facile à localiser et rassurant pour les usagers.

Dans un village, cette lisibilité est décisive. La station devient un repère. Le véhicule devient un outil connu. Et l’usage s’installe progressivement dans les habitudes.




Un service public de proximité


Pour Clem’, l’exemple d’Allons confirme une conviction forte : l’autopartage rural n’est pas une version miniature de l’autopartage urbain. C’est un service public de proximité, capable de répondre à des besoins essentiels.

Il peut servir à aller à un rendez-vous médical, faire des courses, rejoindre une gare, se rendre au travail, accompagner un proche, ou simplement maintenir une autonomie de déplacement.

Dans les territoires ruraux, une voiture partagée peut aussi éviter l’achat d’un second véhicule, réduire les dépenses contraintes des ménages et offrir une solution ponctuelle à ceux qui n’ont plus accès à leur voiture.



Des financements à aller chercher, mais à anticiper


Cette étape a également permis de rappeler l’importance des financements publics.

Le Fonds vert, les dispositifs régionaux, les aides départementales ou les programmes comme Petites Villes de Demain peuvent permettre à des communes, CCAS, CIAS ou intercommunalités de lancer leur propre service.

Mais les intervenants ont aussi insisté sur un point essentiel : il faut anticiper. Délibérations, conventions de délégation de compétence, échanges avec les services de l’État et montage du dossier doivent être engagés très en amont.

L’objectif du Tour de France de l’autopartage rural est aussi de faire connaître ces possibilités, d’encourager les collectivités à déposer des dossiers et de montrer que des projets modestes, adaptés à l’échelle locale, peuvent avoir un impact très concret.


Mobilité et énergie : une même logique de souveraineté locale


À Allons, la mobilité rejoint même un autre enjeu : la souveraineté énergétique.

La commune produit déjà une partie de son énergie en autoconsommation, avec l’objectif de réduire encore le coût d’usage de la voiture électrique partagée. Une manière de lier transition énergétique, mobilité locale et maîtrise des dépenses publiques.

Cette approche illustre une vision très concrète de la transition : produire localement, partager les usages et réduire les coûts pour les habitants.


Après la fibre, la mobilité


En conclusion de cette étape, une idée forte s’est imposée : dans les villages ruraux, après la fibre, la mobilité est l’autre condition du maintien de la vie locale.

Sans solution de déplacement, il devient difficile de rester, de travailler, de se soigner ou d’accueillir de nouveaux habitants.


À Allons, une seule voiture partagée ne prétend pas tout résoudre. Mais elle prouve qu’avec un véhicule, une borne, une plateforme adaptée et une volonté politique locale, l’autopartage peut devenir un véritable outil de cohésion territoriale.

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